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Studio Electrophonique : « Je n’ai pas envie de me fixer de règles » – Interview

studio electrophonique
© Alain Bibal
Ecrit par David Jegou
studio electrophoniqueStudio Electrophonique a été la révélation de l’été avec leur titre Jayne. Buxton Palace Hotel, son premier six titres, était attendu comme le messie par les fans de pop. L’attente aura valu la peine, cinq autres merveilles minimalistes aux textes léchés et aux mélodies addictives confirment tout le bien que l’on pensait de Studio Electrophonique. Derrière ce nom intriguant se cache un jeune homme de Sheffield, James Leesley. Nous l’avons rencontré lors d’un passage parisien. Passionné, il aurait pu parler de sa musique pendant des heures. Il nous a parlé de l’origine de son projet, de Richard Hawley, de ses lectures favorites et de ses projets pour le futur.

 

Pourrais-tu nous décrire ton parcours musical jusqu’à la création de Studio Electrophonique ?

J’ai commencé à jouer de la guitare vers l’âge de 15 ans. Avec des amis nous avons fondé un groupe Britpop à l’école. J’adorais Pulp et Oasis quand j’étais gamin. On sait rapidement que pour progresser il fallait écrire nos chansons. De bonnes chansons. C’était notre unique ambition. Ce rôle est tombé sur moi car j’étais chanteur et guitariste. Ce n’était pas pour me déplaire. J’ai ensuite rejoint un groupe s’appelant High Hazels. On se débrouillait pas mal. Nous avons sorti quelques disques.

Qu’est ce qui t’a décidé à quitter High Hazels pour fonder Studio Electrophonique ?

L’inspiration nous a quittés. Nous étions arrivés naturellement à bout de course. Chacun avait un job à plein temps. Il devenait de plus en plus dur d’être disponibles en même temps. Nous avons décidé collectivement d’arrêter. Ces gens sont toujours mes meilleurs amis. Ils adorent ce que je fais avec Studio Electrophonique.

Comment a débuté ce nouveau projet ?

Je n’ai jamais arrêté de composer. Je passe mon temps à écrire des chansons dans ma tête. Au bout de quelques mois, j’avais 5-6 mélodies qui me paraissaient pas mal. J’ai ajouté des paroles pendant que j’étais au travail ou dans le bus. Je voulais absolument les enregistrer mais sans un groupe. J’avais eu ma dose. Le but était de rendre ces nouveaux titres accessibles. Je me suis acheté un vieux 4 pistes en super état. C’est un modèle qui est sorti l’année de ma naissance. J’ai tout de suite eu un bon feeling en enregistrant avec à la maison. Je n’avais plus besoin d’enregistrer dans un studio bourré d’informatique. C’était un soulagement.

studio electrophonique

© Alain Bibal

As-tu beaucoup démarché avant de te faire signer par Violette Records ?

J’avais acheté un single de Michael Head il y a cinq ans car je trouvais la pochette jolie. En rentrant chez moi je me suis dis qu’un jour j’aimerais sortir un disque avec un artwork de cette classe. Dès les premières maquettes je me suis dit que la direction que j’empruntais pourrait correspondre à quelque chose sorti chez Violette. J’ai envoyé une démo à Matt l’un des associés du label. Il a accroché et m’a réclamé plus de chansons. J’ai travaillé dans ma chambre et je lui ai envoyé mes titres au fur et à mesure. Le résultat est Buxton Palace Hotel, un vinyle avec un super artwork réalisé par le français Pascal Blua.

On devine à l’écoute de l’elp (un format entre le ep et lp créé par Violette Records ndlr) que tes influences lorgnent du côté des 60’s. Est-ce vraiment le cas ?

Oui, je ne vais pas te mentir. Mais ce n’est pas une obsession. Les similarités de son viennent du fait que j’ai enregistré de la même façon qu’eux. A l’époque il fallait aller vite et le matériel d’enregistrement n’était pas sophistiqué. J’ai travaillé comme eux. Ce n’est pas pour me déplaire. Il n’y a pas moyen de tricher. On s’expose tel que l’on est. J’aime les productions de Lee Hazlewood ou de Lou Reed pour cette raison. J’ai pris exemple sur l’état d’esprit de The Smiths ou Belle & Sebastian à leurs débuts. Ils avaient des idées bien arrêtées et peu de moyens. J’ai essayé de comprendre comment ils sont parvenus à un résultat aussi bon. Comme eux, j’ai avancé sans me soucier de ce que les gens allaient penser du résultat. Il fallait juste que ça me plaise. A ma grande surprise, Stuart David, fondateur de Belle & Sebastian, m’a envoyé un e-mail pour me dire qu’il adorait mon disque. Je n’arrive toujours pas à y croire.

« Je lis beaucoup de nouvelles et de poésie. J’écris d’ailleurs mes paroles comme des nouvelles. Avec des personnages. »

 

 

On sent également que tu attaches une grande importance aux textes.

Je lis beaucoup de nouvelles et de poésie. J’écris d’ailleurs mes paroles comme des nouvelles. Avec des personnages. J’aime les histoires auxquelles les gens peuvent s’identifier. J’apprécie particulièrement Roger McGough, le poète de Liverpool et la novelliste américaine Carson McCullers. Je viens de terminer The Heart is a Lonely Hunter. Ça sonne comme le titre d’une superbe chanson.

Quelle place tient la lecture dans ta vie par rapport à la musique ?

Je pense lire plus que je n’écoute de musique. Ma musique étant minimaliste, je dois me focaliser sur les paroles. Elles doivent porter tout le reste. Je suis plus intéressé par le son des mots que par les rimes. Les meilleures chansons sont celles pour lesquelles le choix des mots embellit la mélodie. J’ai écarté pas mal d’excellentes mélodies car je ne trouvais pas de bonnes parties vocales pour les accompagner.

La simplicité et le minimalisme des chansons laissent deviner que tu as travaillé en solo sur l’enregistrement de Buxton Palace Hotel. Est-ce le cas ?

Il n’y a eu aucune collaboration. J’aime l’idée d’avoir tout créé seul car c’est un disque que les gens apprécieront en écoute solitaire.

Dans quel état d’esprit étais-tu au lancement de ce projet ?

J’étais un peu inquiet. Je n’avais ni but ni vision. Je voulais juste sortir de mon esprit des chansons qui y prenaient trop de place.  Une fois les premières bases des titres posées j’ai ressenti un soulagement. J’avais un bon feeling sur ce qui était en train de se produire. Ce qui ne m’a pas empêché d’être terrifié pour mon premier concert en solo. De membre d’un groupe quasi anonyme, j’étais soudainement passé à la personne sur laquelle l’attention se portait. Heureusement,  j’ai eu de bons retours à la fin de ma prestation.

« J’ai tendance à me replonger dans l’état d’esprit dans lequel j’étais quand je composais les chansons quand je joue en concert »

 

 

 

Justement, comment abordes-tu les concerts ? Est-ce difficile de garder la pureté initiale d’un disque que l’on apprécie le plus en écoute solitaire ?

Du jour au lendemain je me suis retrouvé à jouer face à des gens m’écoutant chanter des textes parfois intimes. C’était intimidant mais ça fait partie de mon travail (rire). J’utilise parfois des personnages dans mes textes. C’est une sorte d’échappatoire pour les concerts. Le titre Jayne en est un exemple. Personne ne peut savoir si c’est de la fiction ou de la réalité. J’ai tendance à me replonger dans l’état d’esprit dans lequel j’étais quand je composais les chansons quand je joue en concert. C’est le meilleur moyen de délivrer une bonne performance, d’être authentique.

Comment t’es tu retrouvé à ouvrir pour des concerts de Richard Hawley ?

C’est l’un des plus gros artistes de Sheffield. Il fait souvent jouer des artistes débutants de la ville. Plusieurs personnes lui avaient parlé de moi. Il a écouté le disque et a été séduit. Il m’a demandé par e-mail d’ouvrir pour lui sur quelques dates. Il a été adorable avec moi. Je suis impressionné par sa connaissance musicale.

Le nom du groupe sonne vraiment bien. Comment l’as-tu trouvé ?

Je ne voulais pas utiliser mon nom. J’aime les noms de collectifs où tout le monde sait qu’une seule personne est aux manettes. Elle s’entoure d’autres musiciens si besoin. C’est le cas avec James Murphy et LCD Soundsystem. Studio Electrophonique était le nom d’un studio situé à Handsworth, un village à côté de Sheffield dans lequel j’ai habité. Je passais tout le temps devant sans le savoir sur le chemin de l’école. Et pour cause, c’était une petite pièce au sein d’un logement social. Ken Patton en était le gérant dans les années 80. Il produisait les artistes locaux. Jarvis Cocker ou ABC y ont fait leurs premiers enregistrements alors qu’ils étaient des inconnus. Je trouvais le nom exotique et mystérieux. En total décalage avec cette maison dans un quartier ouvrier. J’ai voulu rendre hommage à cette histoire dont je n’ai découvert l’existence que récemment.

Te vois-tu, comme LCD Soundsystem, collaborer avec d’autres musiciens dans un futur proche ?

Je dois rester ouvert d’esprit. L’approche de ce premier ep est liée à des concours de circonstances. Si j’ai besoin de rendre les concerts meilleurs ou de donner plus d’ampleur à mes titres en studio, je n’hésiterai pas à faire appel à des gens. Je veux que Studio Electrophonique soit fluide. Qu’il y ait des va-et-vient d’artistes.

« Il faut parfois avancer à l’aveugle et commettre des erreurs. »

 

 

Souhaites-tu continuer dans la même veine pour ton prochain enregistrement ?

J’ai encore quelques chansons qui fonctionneraient bien avec la formule actuelle. J’ai envie de maintenir le feeling et l’atmosphère de Buxton Palace Hotel et de voir si je peux élargir le son. Je n’ai pas envie de me fixer de règles. Je viens de me lancer dans quelque chose de nouveau. Je suis heureux avec ce premier ep. J’ai envie de continuer à l’être et de faire ce qui me plait. Il faut parfois avancer à l’aveugle et commettre des erreurs. J‘aimerais continuer à enregistrer en analogique, peut-être sur un 8 pistes.

I Don’t Think I Love You Anymore est ton titre préféré sur Buxton Palace Hotel. Pourquoi ne pas l’avoir sorti en premier single au lieu de Jayne ?

J’ai une préférence pour ce titre car je trouve les paroles concises. J’ai préféré laisser Pascal et Matt choisir le premier extrait. Ils se sont tellement investis dans ce projet que j’étais très heureux de les laisser décider. Mon travail était terminé, je leur ai laissé les manettes avec une confiance totale.

Un groupe comme les Cleaners Of Venus sortait lui même ses albums directement sur cassette. Tout était fait maison. Toi qui recherches la spontanéité te sentirais-tu capable de reproduire un modèle similaire ?

J’admire les gens qui procèdent de la sorte. Si quelqu’un veut sortir ma musique, je serai toujours le plus heureux du monde peu importe le média. Si le son n’est pas génial je n’en ferai pas un drame. Le plus important c’est d’être satisfait de la musique que j’ai créée. Si tu es engagé dans ta musique, tu as plus de chance de convaincre les gens, même avec du DIY. Je suis parfois radical. J’ai joué à Sheffield récemment. J’ai créé des flyers. Au lieu d’aller en distribuer directement à des gens, j’en ai placé dans des livres que j’aime. J’espérais que si les gens achetaient le livre et tombaient sur le flyer ils viendraient à mon concert. Il y a de fortes chances qu’ils soient encore tous dans les librairies. Il y a une date dessus mais pas d’année. J’espère qu’ils ne vont pas essayer d’aller au concert l’année prochaine (rire).

L’album Buxton Palace Hotel est sorti chez Violette Records. Il est disponible chez votre disquaire local.

Crédit photos : Alain Bibal
Merci à Pascal Blua
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