Chroniques Musique

Talmud Beach – Chief

Et si un des albums les plus cools de l’année venait d’un pays froid plus réputé pour la qualité exceptionnelle de son Black Metal que pour son blues indolent ? Si je vous dis Finlande, vous pensez à quoi ? Plus à Skepticism, Reverend Bizarre, Tenhi qu’à Jj Cale. C’est un fait. Pourtant, il y a trois ans, Talmud Beach avec son premier album faisait oublier cet état de fait et sortait un disque pétri de blues, joué les doigts de pieds en éventail et avec juste ce qu’il faut de folie pour retenir l’attention. Ce 18 mars ils remettent le couvert avec Chief mais vont encore plus loin dans l’indolence et la folie douce. Suffit pour s’en convaincre de jeter un œil à leur nouveau clip Ain’t So Young, où le trio barbu investi joue simplement sa chanson sur des instruments vert pistache criard de toute beauté et évolue dans un décor dans les mêmes tons, puis de jeter une oreille sur le dit morceau, petite merveille de boogie à prendre au trentième degré. On y retrouve tous les ingrédients qui feront le sel de Chief, à savoir un savant mélange de Blues à la JJ Cale, de Boogie à la ZZ Top le tout enveloppé de mélodies pops indécrottables auquel s’ajoute un humour omniprésent.

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Parce qu’il faut un humour assez tordu pour commencer un disque par un des morceaux les plus faibles, Ain’t So Young, repoussoir d’une efficacité redoutable pour qui a en horreur le Boogie à la ZZ Top. N’empêche, si on parvient à passer outre cette introduction, le groupe déroule avec un talent hors norme toute la gamme du Blues, sur tous les modes, tous les tons, sous toutes les formes : du swamp, de la pop, du psyché, du folk, du nerveux, du décontracté du gland, du JJ Cale, du 22-Pistepirkko et ce de façon polyglotte : en anglais quasiment partout mais également en Finlandais. A vrai dire, dès Pharmacy Blues, Swamp enlevé et léger, comme du Stray Cats sous hélium, l’auditeur sait que Chief foulera les meilleures terres défrichées par d’autres Finlandais en d’autres temps, les 22-Pistepirkko. On y retrouve le même grain de folie, cette même dévotion pour le blues, ce même talent pour écrire des chansons pop et surtout cette envie de prendre la clé des champs et se barrer dans les sous-bois sans boussole. Que ce soit avec l’aérien et ensorcelant Mountain Man, sorte d’incantation vaudou, le naturaliste et psychédélique Forest, le classique et surprenant Born With The Blues chanté en Finlandais, ou encore le long trip cool (que n’aurait pas renié Granddady) qu’est Chief, le trio parvient en une petite trentaine de minutes à faire abstraction de votre quotidien merdique et vous prendre par la main pour vous faire découvrir sa vision un brin barrée du blues. Tout ça est extrêmement mélodique, accrocheur, surprenant parfois (la transition entre Mountain Man et Forest est bluffante, l’utilisation des percus sur Forest déstabilisante) et fait avec un second degré réjouissant (pour preuve, le tordant et barré Kekkonen, chanté complètement en Finlandais).

Ainsi, si on excepte Ain’t So Young, d’une pesante légèreté, et Chinaman Blues, carburant trop à l’ordinaire et, dans une moindre mesure, Snow Snow Snow, Chief est un album qui vole haut, très haut et permet au trio de s’émanciper une bonne fois pour toutes de leur mentor, les 22-Pistepirkko. En effet, en quittant Bone Voyage, label des 22, pour aller chez Svart, spécialisé dans le Black/Doom Metal faut-il le rappeler (Oranssi Pazuzu, le Pillars de Fleshpress ou encore les albums de Reverend Bizarre), le trio s’est enfin libéré de leur joug et a sorti, paradoxalement, l’album le plus fidèle à ce qu’ils étaient en 1992, à la sortie de Big Lupu : un disque d’extra-terrestres libres de tout, expérimentant le Blues comme d’autres respirent, capables d’abolir certaines frontières musicales mais ce dans un format pop bien défini. C’est, à peu de choses près, ce qu’est Chief, un Big Lupu plus ouvert, où ZZ Top se taille le bout de gras avec Robert Johnson, où Granddady revisite JJ Cale, où les substances illicites ont des effets rigolos et apaisants (I went to the forest/to pick up some berries/and mushroom/the ordinary mushroom chantent-ils avec peu de conviction sur le trippant Forest); un excellent disque en somme.

Bref, m’est avis qu’après l’avoir écouté, les 22-Pistepirkko ont du repartir la queue entre les jambes, légèrement dépités et surtout tiraillés entre deux sentiments : la fierté et la jalousie. Pour l’un comme pour l’autre, ils peuvent l’être, ce serait parfaitement compréhensible.

Sortie le 18 mars chez Svart et disponible chez tous les Finlandisquaires avisés de France et de Navarre.

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