Les jeux d’équilibre ont quelque chose d’universel. Ils ne nécessitent pas de longues explications, et permettent au joueur du dimanche de battre le compétiteur confirmé. En quelques secondes, l’objectif est compris et chacun a une véritable chance de l’emporter. Et puis, quelques secondes plus tard, tout le monde retient son souffle.
En effet, dans ces jeux, il suffit souvent d’un millimètre de trop, d’une main qui tremble ou d’un excès de confiance pour voir tous ses efforts s’écrouler sous les éclats de rire des autres. Kluster Trio, Dingo Disc et Attraction partagent cette même philosophie avec des règles d’une simplicité désarmante, mais une tension qui monte inexorablement au fil de la partie.
Kluster Trio de Paula et Robert Henning – Borderline Editions – 2026

Après le succès de Kluster, il fallait réussir à renouveler la formule sans la dénaturer. Si Kluster Duo était plutôt timide, la mission est accomplie avec Kluster Trio.
Ce troisième volet s’inspire du polygone à trois côtés, le triangle, et les aimants ont donc cette forme. Les joueurs peuvent donc jouer à Kluster Trio de la même manière qu’ils le faisaient avec les deux premiers volets, c’est-à-dire en posant à leur tour un aimant au milieu d’une zone matérialisée par une ficelle. Si deux (ou plus) aimants se touchent, le joueur les récupère. Le premier qui se débarrasse de tous ses aimants remporte la partie.
Bien, mais cette fois, les parties sont moins chaotiques car les aimants sont désormais parfaitement équilibrés. On peut donc essayer de jouer sur les polarisations pour faire reculer un autre aimant qui nous gêne. Et surtout, de nouveaux modes de jeu sont disponibles. Tout d’abord le mode élimination qui permet de jouer jusqu’à huit joueurs et cette fois, tout échec sera synonyme de défaite (heureusement, les parties sont dynamiques et durent peu de temps… vous pourrez donc rejouer très vite).
Et enfin surtout, le mode équilibre. Grâce aux aimants triangulaires qui tiennent debout, les joueurs devront plus que jamais faire preuve de dextérité en les positionnant sur la tranche. Le matériel est d’une grande qualité et vous vous en rendrez rapidement compte en soupesant la boîte, bien plus lourde que celle de Kluster. Un indémodable habilement revisité!
À première vue, Dingo Disc de Pierre Teissier et Stéphane Escapa paraît presque inoffensif. Quelques éléments à empiler sur un support en équilibre, rien de bien méchant en somme. D’autant plus qu’il s’agit d’un jeu pour enfants, accessible dès 5 ans.
Et pourtant, dès que le matériel est sorti de la boîte, la magie opère. Il faut dire que si ce jeu a été réédité, c’est qu’il possédait de réelles qualités. Deux dés, une roue qui tient en équilibre grâce à un support fixé sur la boîte, et les joueurs peuvent s’affronter. Toute la subtilité réside dans cette roue divisée en zones. Six zones de couleurs (bleu, vert, jaune, etc…) mais surtout des zones correspondant à des chiffres. Plus le numéro est élevé et plus la zone est proche du bord de la roue, et donc dangereuse. Mais ces zones sont toutefois plus larges, et permettent aux joueurs de s’adapter.
Vous l’aurez sans doute deviné avec cette description, le jeu est simplisme. On lance les deux dés, et si l’on obtient un 3 et un jaune, il s’agira de poser l’un de nos objets (de trois tailles différentes) dans la zone correspondante.
Tout l’intérêt du jeu réside donc dans la dextérité, mais surtout dans la stratégie. Il faut choisir attentivement l’objet que l’on choisit (un léger si on sent que la roue pourrait basculer, un lourd s’il n’y a pas de danger) et l’endroit précis où l’on choisit de poser l’objet.
Rapidement, tout le monde fixe la structure qui menace de s’effondrer au moindre faux geste. Si c’est le cas, le joueur récupère les objets tombés et poursuit sa quête de victoire.
Ce qui fonctionne particulièrement bien dans Dingo Disc, c’est cette montée progressive de la tension. Les premiers tours donnent confiance. Les suivants rappellent qu’il va falloir composer avec un équilibre de plus en plus précaire. Chaque nouvel élément oblige à revoir complètement sa manière de jouer. L’un de ces jeux pour enfants avec lequel les adultes prennent un réel plaisir.

Attraction de Jeff Glickman – Matagot – 2026

Avec Attraction, le principe est encore plus délirant. Si les aimants rappellent fortement la forme et le principe de Kluster, le principe est l’exact opposé. Après avoir déployé le tapis de jeu et disposé les aimants sur les emplacements définis, les joueurs vont chercher à multiplier les attractions d’aimants.
Le tapis de jeu impose quelques conditions qui sont extrêmement lisibles si bien que les règles sont appréhendées en moins de deux minutes. Et chaque décision devient un petit défi de précision mais aussi de tactique. On cherche le bon angle, le bon appui et le bon timing pour créer le plus d’attractions.
Et plus la partie avance, plus les possibilités et les espaces diminuent. Ce qui plaît énormément dans Attraction, c’est donc ce mélange de réflexion et d’adresse. Il ne suffit pas d’avoir la main sûre. Encore faut-il choisir le bon emplacement. Les meilleurs coups sont souvent ceux qui compliquent discrètement la vie du joueur suivant, lequel se retrouve face à un casse-tête dont vous vous êtes soigneusement débarrassé.


