Entretiens Littérature Francophone

Nicolas Jaillet, l’interview en roue libre

Nicolas Jaillet
Nicolas Jaillet par Maryan Harrington
Écrit par Velda

Après avoir lu et savouré Ravissantes (voir la chronique ici dans quelques minutes), il fallait rencontrer Nicolas Jaillet, c’était pratiquement obligatoire. Il fallait parler avec ce personnage singulier capable de passer du western (Sansalina) à la comédie après un détour remarqué par le roman noir (La Maison).

Un homme à facettes… comme tous les hommes, mais un peu plus. Un romancier qui assume totalement ses vagabondages, tout simplement parce que chacun de ses romans porte en lui un esprit d’exploration… Nicolas Jaillet a bien voulu nous parler avec beaucoup de sincérité de son travail de romancier, qu’il compare à celui d’un artisan.  Merci à lui.

Avec Ravissantes, tu abordes un genre que tu n’avais jamais exploré et que tu appelles la comédie. Qu’est-ce que ça t’a apporté ? Qu’est-ce que la force de la comédie ?

La comédie en littérature, c’est un genre qui n’existe pas, apparemment. J’invite d’ailleurs les professionnels à inventer un rayon comédie en littérature.

On appelle ça les feelgood books, non ?

Oui, voilà ! Ce qu’on appelle critique sociale, réalisme ou naturalisme en littérature, oblige l’auteur à s’enfoncer dans la boue de la réalité. Ça engage à raconter le monde tel qu’il est et à déplorer son existence. Alors que dans la comédie, on se projette dans le monde tel qu’il pourrait être, et c’est cela qui m’a particulièrement intéressé. Bien sûr, on peut appeler cela de l’angélisme. Dans le livre, il y a une nana qui se fait sans arrêt draguer dans la rue. Ce qui m’intéresse, c’est qu’elle n’a pas du tout un corps de mannequin, elle est plutôt rondelette mais elle se sent belle et bien dans son corps. Tout le monde la drague, mais ça n’est pas pénible. L’actualité récente nous a invités, nous les mecs, à revisiter notre attitude. Mais je me dis que ce n’est pas forcément mal en soi d’aborder une femme en lui disant qu’elle est désirable. Le problème, c’est la façon de le faire. C’est pourquoi j’ai inventé un personnage qui inspirait du désir aux hommes dans la rue, un désir qui s’exprime de façon poétique : ils lui récitent des poèmes, lui offrent des fleurs,  trébuchent en la voyant tellement ils sont troublés. Des situations qui ne devraient pas déplaire aux femmes.

Tu es en train de dire que tu as écrit une utopie, en quelque sorte.

Oui, pour moi la comédie c’est l’utopie.

Comment expliques-tu le fait d’être passé d’une écriture comme celle de La Maison, très retenue, très sombre à une écriture très libre, très joyeuse, mais sans naïveté, dans Ravissantes.

Tu mets le doigt sur mon problème : le plan de carrière ! Je change de genre à chaque livre, exactement ce qu’il ne faut pas faire. Mais c’est parce que ce qui me motive, c’est un sujet. À une époque où on publie 300 livres par jour, je me dis qu’on n’est pas obligé de publier, finalement. Cette situation devrait nous inciter à réfléchir un peu : est-ce que mon projet, quelqu’un ne l’a pas écrit avant moi, et mieux ? Du coup, quand on réfléchit, on publie moins, forcément.  J’ai besoin d’avoir un sujet. Dans La Maison, j’avais un sujet fabuleux : l’histoire d’une femme qui avait accompli quelque chose d’extraordinaire. C’était un cadeau merveilleux, que je souhaite à tous mes collègues. Du coup, l’atmosphère de La Maison était impliquée par le sujet, l’histoire d’une femme qui veut s’évader de la Maison – s’évader pas en lisant des livres, s’évader vraiment, comme dans La Grande Évasion. Il lui fallait mettre au point un plan infernal pour s’évader de sa propre maison. D’où un style très noir, amer, étouffant, avec une violence.

Avec Ravissantes, je suis aussi dans la critique sociale, finalement.  C’est un sujet que je voulais traiter depuis longtemps : la charge sociale qui pèse sur les épaules des femmes. Le fait qu’on leur impose de ressembler à des êtres qui n’existent pas, sauf sur les couvertures de magazine, retouchés sous Photoshop. Une forme d’eugénisme extraordinaire, draconien, des nanas qui se lèvent très tôt, qui vont faire du sport, mangent une carotte, passent leur journée à faire un boulot difficile, humiliant, et dont le corps est en permanence l’objet de tensions très fortes. C’est un sujet que je déplore, qui m’attriste. Mais par la comédie, je peux le dédramatiser. Car, ce qui est grave, c’est la dramatisation qui consiste à dire aux femmes : « Voilà, vous devez être comme ça, vous n’avez pas le choix. » Moi, en tant que mâle hétérosexuel, je constate que ce modèle qu’on veut imposer, ça n’a pas toujours été LE modèle. Il suffit de relire Zola, ou de regarder la peinture de Renoir ou de Rubens : ce sont des modèles érotiques, avec leur chair et leurs rondeurs. Or, aujourd’hui, le corps féminin tel qu’il est représenté sur les couvertures de magazines est un modèle purement disciplinaire. Pour aborder ce sujet-là, la comédie s’imposait. Je voulais proposer un texte qui soit un soulagement, une joie, un plaisir, qui donne envie aux femmes de bazarder leurs couvertures de magazines et de se balader dans la rue comme elles veulent.

Est-ce que ce n’est pas aussi un problème pour les hommes, ce modèle disciplinaire ?

À vrai dire, je suis sûr que même pour des hommes qui travaillent dans la mode, ça n’a rien d’érotique. Une de mes amies mannequin me racontait qu’elle était souvent invitée dans des soirées, et que les hommes qu’elle accompagnait ne cherchaient pas à coucher avec elle, mais voulaient la rétribuer pour sa présence. C’est une forme de prostitution non sexuelle extrêmement insidieuse qui vient d’hommes pour lesquels le comble du prestige, c’est d’avoir à son bras une jeune fille à peine pubère et qui pèse 3 grammes… Ce modèle est anti-érotique et promu par des gens qui non seulement n’aiment pas les femmes, mais n’aiment personne ! Des personnes très réactionnaires, très doctrinaires, très disciplinaires. D’ailleurs, ils ont inventé un mot pour ça qui pour moi n’a pas de sens : le glamour. Ce n’est pas de l’amour, ce n’est pas du charme, ce n’est ni du désir ni de l’érotisme. On fait mine d’érotiser des corps masculins et féminins, on singe l’érotisme par des signes et des postures, des lèvres mouillées… Ce qui est aux antipodes de l’érotique.

Est-ce qu’il n’y a pas aussi dans le milieu de la mode un aspect financier prédominant  qui est lié à ce que tu viens de dire ?

C’est la fameuse phrase de Karl Lagerfeld qui disait que les corps féminins étaient des porte-manteaux. C’est pour cela que la mode favorise ces corps très maigres : c’est plus facile de mettre en valeur des vêtements et des accessoires sur une femme très grande et très maigre. On est dans un cercle vicieux : on montre un corps féminin idéalisé à grands renforts de couvertures de magazines. On y accroche des accessoires très chers et on dit aux femmes : Achetez ces accessoires et vous aurez le même corps que ces femmes… C’est ce que je raconte dans le roman : on a d’un côté Lucie, ronde et séduisante, et de l’autre Ilona, parfaite, qui a toutes les peines du monde à trouver un mec ! Ça ressemble à une caricature, sauf que c’est comme ça dans la vie. On est entouré de représentations qui font croire le contraire de la réalité… Il y a dans le film Last Action Hero, avec Arnold Schwarzenegger une scène très évocatrice : Schwarzenegger joue le rôle d’un personnage de film qui ne sait pas qu’il en est un. Il se retrouve avec un petit garçon qui lui montre une caissière sublime et qui lui dit : Mais enfin, tu vois bien que tu n’es pas dans la vraie vie. Dans la vraie vie, la caissière ne serait pas comme ça… Et c’est un peu pareil pour les hommes : regarde le torse de Brad Pitt, il ressemble à celui de Nicolas Cage : tout est normalisé. Dans la génération d’avant, Gregory Peck à 40 ans avait un torse de mec de 40 ans.

Et le personnage de Pierre, quel rôle joue-t-il dans cette mécanique que tu as construite ?

C’est la grande difficulté de la comédie : on manipule des archétypes, et pourtant il faut essayer de leur donner chair. Du coup, on est toujours sur le fil. On a envie de pousser les situations pour que ce soit rigolo, mais le rigolo tue le drôle ! Il faut mettre en place des archétypes puis les mastiquer jusqu’à ce qu’ils prennent chair. Dans Ravissantes, il y a donc au départ trois archétypes, dont j’espère bien qu’ils dépassent ce stade-là et qu’ils sont devenus humains. Pierre, c’est la métaphore de l’objet masculin, un homme qui a beaucoup de succès avec les femmes parce qu’il les écoute, qu’il  fait attention, qu’il les traite comme des êtres humains. Je n’avais pas envie de mettre en place un personnage de bellâtre, d’autant plus qu’il y en a un autre dans le roman qui occupe cet emploi. Donc, Pierre gagne sa vie en couchant avec des femmes. On me l’a reproché d’ailleurs, en me disant que je faussais l’image de la prostitution. Moi, si mon boulot c’était de faire l’amour deux fois par jour, je serais ravi… Pierre n’a pas envie de s’en faire, il ne se soucie pas beaucoup de son apparence, il a une vraie tendresse pour les femmes, il est très féminin lui-même. Il évite tout ce qui est de l’ordre de la confrontation physique, du concours de celui qui pisse le plus loin, il se fout de tout ça. De même qu’on pourrait très bien envisager être heureux d’être comédien ou mannequin si on le fait de façon humaine… Avant, je voyais le milieu de la mode comme un monde complètement superficiel. Et je me suis aperçu qu’il y avait des artistes du vêtement, des gens qui réfléchissent très fort à tous les enjeux. Et j’étais content de sortir de cette image caricaturale.

Le fait de vendre son corps pour faire l’amour, pour moi qui ai été comédien, c’était exactement la même chose que lorsqu’on s’assoit sur un banc, tout péteux, pour un casting. Quand tu es comédien mercenaire, finalement, tu vends ton corps… c’est un peu ça que je voulais raconter. Le mannequinat, ça peut être une forme de prostitution. Ces nanas qu’on oblige à se balader toute la journée en string dans les courants d’air et dont on dit, en leur présence : Ah oui, elle est pas mal celle-là, mais elle a un gros cul, je trouve ça d’une violence révoltante. C’est de la transcription documentaire, ce passage. Je trouve ça d’une effroyable vulgarité. Je suis tout à fait en première ligne pour condamner tout ce qui est de l’ordre de la privation de liberté et de dignité. Mais de là à dire que faire l’amour, c’est par définition un geste avilissant, et que faire l’amour pour de l’argent, c’est mal, ça revient à stigmatiser ceux qui le font, et là je suis totalement contre.  Il y a des gens qui sont des travailleurs sexuels et qui font du très bon travail, qui contribuent à apaiser la violence, il faut les laisser faire leur travail. Si on se projette dans un monde utopique, on pourrait imaginer que la prostitution, ça se passe bien, pas de façon forcée, pas à la chaîne. Je crois à l’efficacité politique de montrer ce que les choses pourraient être.  Il y a eu des modèles de la prostituée libre et émancipée, peut-être un peu idéalisés, mais qui n’en sont pas moins des modèles d’émancipation féminine.

Cela s’est dit beaucoup dans les années 70-80, moins maintenant…

Oui, il y a eu une détérioration très forte de ce métier.

Est-ce qu’il n’y a pas eu aussi une détérioration terrible des relations entre les hommes et les femmes ?

Entre les humains en général. En fait, on s’est mis à faire attention à des choses auxquelles on ne s’intéressait pas avant. Par exemple, il n’y a pas si longtemps que cela qu’on considère que le corps de l’enfant lui appartient. Au XIXe siècle, au temps d’Oliver Twist, le corps de l’enfant appartenait à l’adulte. Les mentalités ont évolué dans le bon sens, c’est indéniable. Le revers de la médaille, c’est la réification du corps des femmes et des hommes par le marché. À travers les réseaux sociaux, il est devenu une évidence qu’on se vend : dès qu’on allume son ordinateur, on s’aperçoit qu’on se vend, tout le temps. Quant à la pornographie sur internet, on assiste à une caricature de l’érotisme et à une uniformisation de la domination masculine, de l’exploitation des corps qui n’a rien de drôle. C’est une époque bizarre. On a avancé un peu dans le bon sens, et nous vivons en ce moment un lent contre-coup.

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Nicolas Jaillet photographié par Maryan Harrington (http://maryan-harrington.fr/)

As-tu utilisé dans Ravissantes des outils que tu n’avais jamais utilisés avant ?

Non, je ne crois pas. Les outils sont les mêmes dans toutes les constructions romanesques. C’est plutôt mon roman précédent, La Maison, qui sortait des schémas habituels, car il était inspiré par une personne réelle. Je suis parti du récit, et je suis entré en relation avec un être imaginaire – cette femme dont je voulais raconter l’histoire –  les événements du récit et  les autres personnages ont émergé de façon un peu magique, comme des arbres qui émergent tout seuls à force d’être « tripatouillés ». Avec Ravissantes, les choses se sont déroulées de façon plus classique : j’ai un projet, je veux raconter une histoire, j’essaie d’aller à l’essence de cette histoire, je commence par mettre en place des personnages qui sont des emblèmes, je vois comment ça peut s’articuler sur le papier, puis j’essaie de les nourrir de façon plus instinctive, je m’amuse à les croiser avec des  personnes réelles, je passe des heures à me raconter leurs petites histoires… Avant de passer à l’écriture, j’attends que les personnages aient une vie propre, qu’ils me parlent. Tu disais tout à l’heure que tu trouvais que La Maison était un texte très écrit. Je comprends ce que tu veux dire, mais je revendique le fait que la comédie ça s’écrit aussi, et même que cela exige un travail plus dur : ça ne va jamais de soi, il y a toujours cet entre-deux délicat entre le plausible et la fantaisie,  il faut de l’énergie, il faut que ça aille vite ; le récit est soumis à un tas de contraintes. Et puis il y a un style à trouver qui ne doit pas en avoir l’air, et c’est un travail supplémentaire. Il ne faut pas croire qu’un texte qui semble couler de source n’a pas été travaillé. Je suis ravi quand on me dit qu’un de mes textes n’a pas l’air écrit, car c’est ce à quoi je veux parvenir, mais ce serait mensonger de dire à ceux qui veulent écrire que c’est le premier jet, l’évidence. C’est un peu comme écrire de la pop music : il faut que ça sautille tout le temps et en même temps que ça ait l’air naturel. Ça demande une gymnastique supérieure ! Par exemple, pour évoquer le canevas du roman : j’ai testé toutes les possibilités, toutes les rencontres possibles. J’avais trois caractères qu’il fallait que j’attribue à des personnages différents, et j’ai tout testé – un homme mannequin, une fille qui se prostitue, A connaît C qui ne connaît pas B, et ainsi de suite. En fait, il y a eu beaucoup de recherche pour aboutir à ce résultat qui n’a l’air de rien !

Ce que je voulais dire, c’est que dans La Maison, ton écriture semblait porteuse d’un secret.

Oui, je vois bien. Pour le coup, dans la comédie, on ne peut pas être équivoque. Il faut que le lecteur ait toutes les cartes en main.

Et ces noms que tu utilises ? Le chien qui s’appelle « michelhouellebecq », par exemple…

Là, je me suis fait plaisir.

Et puis ce moment où Ilona hésite dans le choix du livre qu’elle va lire pour s’endormir : Michel Foucault ou les Aventures de Fred Veloce ?

Oui, une tentation universitaire… Je voulais évoquer ça pour dire que les imbéciles, ce ne sont pas les filles qui font du mannequinat, et qui peuvent très bien avoir un doctorat en philosophie. Les imbéciles, ce sont ceux qui les exploitent. Donc, elle choisit Fred Veloce, cet espèce de Bob Morane, plutôt que Michel Foucault, parce que la pensée fulgurante de Foucault est trop excitante !

Et si on parlait un peu du reste ? La musique, la chanson, les projets ?

La musique, c’est une vieille histoire. Je joue toujours sur la guitare de ma grande sœur ! Ce qui ne fait pas de moi un bon guitariste, d’ailleurs. J’adore la musique et la chanson, même si j’ai eu du mal à me lancer. J’ai eu besoin d’une influence lourde. Quand j’avais une vingtaine d’années, j’étais comédien, et nous avions un local dans le 12e arrondissement qui est devenu une sorte de salle de spectacle, où venaient jouer des copains musiciens. À l’époque, il y avait parmi eux Alexis HK et Thierry Chazelle (qui va d’ailleurs jouer à l’Olympia avec Lili Cros fin mai 2019). Alexis est un ami très cher avec qui j’ai beaucoup travaillé. Les musiciens aiment bien travailler avec les comédiens car ils prennent le temps de réfléchir à ce que pourrait être un spectacle. J’ai été régisseur d’Alexis à un moment, ce qui m’a poussé à écrire des chansons. Et je me suis aperçu que je ne disais pas du tout la même chose dans mes chansons que dans mes livres. Quand j’écris mes romans, je me considère comme un artisan qui doit captiver son lecteur le plus vite le possible, et le conserver. J’ai rencontré le romancier Eric Maneval récemment, il m’a dit : J’ai lu ton roman Sansalina. Ça ne m’a pas plu, parce qu’il n’y a rien de toi dedans. Il avait raison… Dans la plupart de mes romans, je suis un artisan. Alors que dans la chanson, très naturellement, sans me poser de questions, je me suis laissé aller à parler de moi, à évoquer des choses plus sensibles et sentimentales. Du coup, j’ai écrit des chansons qui étaient trop sentimentales pour Alexis, et je me suis décidé à les chanter moi-même. J’ai fait un concert dans un petit lieu à Montmartre, qui ressemblait beaucoup à l’idée que je me fais d’un cabaret. Et le 27 juin, je vais lire des textes et des chansons à la Librairie Charybde, dans le 12e arrondissement. Je me pose de moins en moins la question de ma légitimité…

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Nicolas Jaillet photographié par Philippe Esterellas

Comment cohabitent le romancier et le musicien ?

On est quelques-uns à faire ça. Le plus difficile dans l’écriture de fiction, c’est de poser son cul sur une chaise et d’y rester assez longtemps pour que la pâte prenne. Il y a un sentiment d’inactivité physique par rapport, par exemple, à la scène où on se dépense. On bosse sur son ordinateur, et puis on attrape un instrument pour se détendre, faire autre chose. C’est un bon pendant. D’ailleurs, quand je faisais du théâtre, on faisait des comédies musicales. Mais à l’époque, c’était assez dur. Surtout pour les spectateurs.

Qu’est-ce que tu citerais comme influences en tant que musicien ?

J’adore les musiciens qui écrivent de très belles mélodies avec les trois accords que je connais. J’adore Léonard Cohen, Bob Marley. Souvent, je commence par écrire des mélodies très compliquées, avec 25 accords, puis je m’aperçois que je suis satisfait de mon travail une fois que j’ai « élagué ». Pareil qu’en littérature en fait : la grande difficulté, c’est de maîtriser la façon dont les mots s’articulent entre eux. Steinbeck était dans cette démarche-là, très terrienne mais magistrale. Je suis fasciné par ceux qui expriment des évidences qui n’en sont pas, avec des mots très simples. Comme l’espace vide de Peter Brook : Je peux prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Quelqu’un traverse cet espace vide pendant que quelqu’un d’autre l’observe, et c’est suffisant pour que l’acte théâtral soit amorcé. C’est une évidence, mais personne ne l’avait jamais dit. Nous qui lisions ça à 20 balais, nous nous sommes sentis libres, capables de tout ! Mes influences, elles sont là. Paradoxalement, j’adore Debussy, par exemple. Je peux écouter le Prélude à l’après-midi d’un faune d’innombrables fois, sans comprendre du tout comment ça marche. Même chose en littérature. En ce moment, je suis en train de lire Séverine Chevalier : je ne comprends rien, mais c’est  magnifique. C’est un peu la même chose avec Laurence Biberfeld. Mais il y a des auteurs où je ne comprends rien, et ça m’énerve. C’est de l’ordre du sensible. Contre-exemple : le Joyce de la période Ulysse. Lui me perd complètement.

Pour finir, qu’est-ce qui va se passer dans l’année à venir ?

Je vais continuer à hanter les salons, puisque je suis en promo ! Et puis je prépare un thriller pour les éditions Bragelonne. Je m’essaie à une forme d’écriture que je n’ai jamais expérimentée. Il y a quelque chose qui m’attire dans le thriller, parce qu’il y a des situations quotidiennes qui dégénèrent ! Chez Stephen King, c’est le fantastique qui surgit dans un contexte très banal. Grâce à Dominique Forma, à qui j’ai piqué une idée, j’espère avoir une bonne colonne vertébrale, et je peux me laisser aller à écrire des situations au fil de la plume, en immersion. J’ai l’impression que les auteurs de thrillers, bons ou mauvais, ont tous cette qualité : ils sont à fond dans ce qu’ils racontent. J’essaie de retrouver cette attitude-là, cette façon de concevoir de la fiction. C’est assez expérimental pour moi, on verra. Ce sera sans doute pour l’été prochain. Peut-être sous pseudonyme… J’ai un autre projet complètement différent : raconter l’histoire d’une proposition de loi, depuis son émanation de la société civile jusqu’à sa mise en application et son action sur la vie du monde. Si j’en vends 300, je serai content. J’ai rencontré une éditrice qui est partante, la maison d’édition s’appelle Au-Delà du Raisonnable. Enfin, j’ai un autre projet un peu dans la même veine que Ravissantes. Ce serait une première pour moi : publier deux fois dans le même genre…

Retrouvez la chronique du livre Ravissantes ici.
Retrouvez Nicolas Jaillet le 27 juin à partir de 19h30 à la librairie Charybde, 129 rue de Charenton – 75012 Paris
Ravissantes – Milady, 2018
La Maison – Rue du Départ, 2013 – disponible en poche chez Milady Thriller
Sansalina – Folio policier, 2010

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