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Prix des jeunes libraires 2021 : la deuxième salve de lectures !

Il y a quelques semaines, je vous avais proposé mes quatre premières critiques du Prix des jeunes libraires 2021 en tant que juré, où seize romans s’affrontent.
Voici à présent mes impressions sur les quatre suivants !

Un pont sur la brume de Kij Johnson

Un pont sur la brume nous emmène dans un univers de fantasy médiéval, au sein d’un empire séparé par un fleuve composé d’une étrange brume. Une brume mystérieuse dont personne ne connaît l’origine, toxique et peuplée de dangereuses créatures. Seuls quelques passeurs téméraires peuvent naviguer sur ses vagues, et faire traverser les voyageurs.

Kit Meinem d’Atyar est un architecte, et on lui a confié un projet fou : superviser la construction du plus grand pont jamais créé au-dessus du fleuve. Un ouvrage de 400 mètres qui révolutionnerait la vie des habitants de l’empire, permettant des échanges beaucoup plus simples. Un pont qui supprimerait également certains métiers, comme dans le cas de Rasali, passeuse depuis tant d’années, pour qui la construction signifie la fin de son monde …

Si vous vous attendez à un univers de fantasy extrêmement développé, à base de cartes, de géopolitique et d’explications autour de la brume et des monstres mystérieux qui y habitent, vous serez déçus. Un pont sur la brume est un court texte de 80 pages qui s’intéresse uniquement au présent, et à l’aventure humaine que représente cette construction.
C’est également une histoire d’amour entre Rasali et Kit, qui représente la rencontre entre deux temps : le passé et l’avenir. Une belle et brève lecture, très bien construite.

traduit par Sylvie Denis Le Bélial’ – première parution française en 2016
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Climats de France de Marie Richeux

Le fil conducteur de ce livre, c’est un architecte, Fernand Pouillon, qui a conçu deux cités : l’une à Meudon-la-forêt, où l’autrice a passé son enfance, et l’autre à Alger. C’est autour de ces deux cités que Marie Richeux va construire son texte, qui parlera à la fois de la France et de l’Algérie.

Climats de France est un roman qui fait beaucoup d’aller-retours dans le temps et dans ses récits, et nous raconte tour à tour le parcours de Malek qui, envoyé en France en 1956, échappa à la guerre mais en vit la violence au sein-même de Paris ; les souvenirs de Marie adolescente face aux chants de deuil qu’on entendait sur le palier d’à côté ; l’arrivée de Fernand Pouillon à Alger dans les années 50, et sa mission de construire mille logements en un an, et de créer un espace où tous pourront se mélanger et vivre ensemble. Autant de fragments de vie qui s’entrelacent, de destins qui se construisent et qui forment une plus grande Histoire.

Vous est-il déjà arrivé de lire un livre, de sentir que vous tenez dans les mains un bon ouvrage, mais qu’il n’est pas fait pour vous ou que ce n’est tout simplement pas le bon moment pour le lire ?
C’est ce que j’ai ressenti en lisant Climats de France. J’aurais aimé apprécier ma lecture, et pourtant je me suis forcée à le finir. Dommage, car je suis certaine qu’il pourrait plaire à bon nombre de personnes s’intéressant aux petites histoires qui finissent par en raconter une plus grande.

Sabine Wespieser, première parution française en 2017

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Un soir au club de Christian Gailly

 

Le héros de ce roman, Simon Nardis, est un ancien pianiste de jazz reconnu. Mais avec la musique venait également l’alcool et la drogue, et avec l’aide bienveillante de sa femme il a tout arrêté. Dix ans qu’il est retourné à son ancien métier, chauffagiste, et qu’il n’a touché ni à un piano ni à une goutte d’alcool. Mais il suffit parfois de peu de choses … Comme un train raté, une heure à tuer, la découverte d’un club de jazz, une pause des musiciens et catastrophe, le voilà à nouveau devant un piano. Catastrophe, vraiment ?
Il suffit d’un instant pour replonger dans cette musique qu’il a tant aimé et détesté, et pour rencontrer celle qui sera peut-être la femme de sa vie. Et même s’il ne veut pas se l’avouer, au moment où il pénétrait ce soir au club, il était déjà écrit qu’il manquerait à nouveau son train, et bien des suivants …

C’est un roman qui nous est raconté par le narrateur de façon très orale, comme une anecdote, un souvenir vécu. Cet ami de Simon Nardis se fait conteur et nous expose comment tout peut basculer si rapidement.

Ce livre assez court me laisse une forte impression, certainement due à sa somptueuse écriture d’une grande musicalité. Un roman doux-amer tout en rythme qui fait honneur à ses sujets : l’amour et la musique.

Minuit, première parution française en 2002

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Marcher droit, tourner en rond d’Emmanuel Venet

Lors d’un enterrement, il est de coutume de chanter les louanges du mort et de gommer ses petites imperfections. Vous trouvez ça normal ? Ce n’est pas le cas de notre narrateur, un homme de 45 ans atteint du syndrome d’Asperger, qui aime la vérité, la transparence, le scrabble, l’honnêteté, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, son amour de jeunesse qu’il n’a pas revu depuis 30 ans. Lui qui n’apprécie “ni les propos trompeurs ni les cachotteries”, il est scandalisé qu’on parle en si grands termes de sa grand-mère lors de ses obsèques. Non, elle n’était pas une femme aimante, généreuse, agréable, fidèle, ouverte, bien au contraire. Pendant toute la durée des obsèques, il va nous dresser un portrait au vitriol de son aïeule, et c’est finalement toute la famille qui va passer par son analyse caustique. Et si les gens “normaux” étaient les plus étranges, eux qui s’arrangent si facilement avec la vérité et pensent toujours être dans leur bon droit ?

Emmanuel Vernet, psychiatre de son état, nous propose un portrait de famille grinçant et désopilant de 130 pages. En nous mettant dans les bottes d’un homme atteint du syndrome d’Asperger, il nous permet d’en apprendre plus sur ce trouble qui rend les interactions sociales si difficile, et nous offre un véritable plaidoyer pour la vérité. Si notre héros peut nous sembler incongru et difficile à comprendre lorsqu’il parle de lui et de ses passions, il est au final le seul qui ne se mente pas à lui-même. Un roman inattendu très drôle autour de l’hypocrisie et des dysfonctionnements de la société !

Verdier, Première parution en 2016

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Encore une preuve que la sélection est très variée, et il en reste encore huit autres à découvrir !

 


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