MusiqueSur la platine de

Sur la platine de… French Godgiven #2 – Octobre 2020

Deux fois par mois, nous vous proposons de découvrir la playlist d’un de nos chroniqueur.ses de la team musique. L’occasion de rentrer dans l’univers de ceux et celles qui vous présentent des perles musicales et de découvrir des nouveautés ou des morceaux que vous auriez pu manquer, le tout pour le plaisir de la musique évidemment !

Dans le cadre de ma troisième sélection du cru 2020 pour le compte du site Addict-Culture, la seconde dans cette rubrique spécifique, j’avais prévu de me concentrer exclusivement sur les nouveautés offertes par une année musicale pas tout à fait comme les autres, mais pourtant bien riche en confirmations, surprises et révélations de toutes parts.

Néanmoins, il était impossible de faire l’impasse sur la récente et gargantuesque réédition de Sign O’ The Times, double album fondamental du regretté Prince. Placée ici en ouverture, comme sur le disque, sa chanson-titre n’a pas pris une ride, trente-trois ans après sa sortie : son beat languide, sa guitare hantée et son propos pré-apocalyptique sont plus que jamais d’actualité, une autre tristement fameuse « big disease with a little name » ayant même pernicieusement pris le devant de la scène, élargissant son impact à l’échelle géopolitique mondiale.

À sa suite directe, on retrouve avec plaisir la productrice canadienne Marie Davidson qui, deux ans à peine après son excellent Working Class Woman, revient en très grande forme aux côtés du tandem L’Œil Nu : délaissant l’électronique âpre et obsédante qui était jusqu’ici sa marque de fabrique, cette artiste volontaire s’est engagée sur une voie plus ouvertement pop sans perdre de vue ses obsessions rituelles, comme l’atteste la morgue acerbe animant l’irrésistible Renegade Breakdown, qui donne son titre à un nouvel album dont je vous parlerai plus longuement d’ici quelques jours.

Dans une veine badass similaire, on saluera le featuring impérial de la magnétique Queen Rose sur le remuant et explicite G.F.Y. de Yuksek, qui constitue l’un des nombreux sommets du lumineux Nosso Ritmo, long format paru peu avant l’été et qui aura largement contribué à le rendre plus festif malgré les circonstances. De la même manière, il sera difficile de ne pas succomber aux assauts prodigués par la chanteuse irlandaise Róisín Murphy, tant le cinquième album solo de l’ex-Moloko a des airs de manifeste dancefloor d’une efficacité redoutable.

Paru au printemps dernier, le dernier long format du chanteur canadien The Weeknd conjugue à la perfection la puissance accrocheuse du r’n’b contemporain à la sensibilité mélodique d’une dream pop futuriste : portée par sa voix angélique, In Your Eyes est une petite merveille de groove onctueux et sensuel. Une caractéristique qu’on retrouve sur le charmeur Always In Love, niché en plein milieu du nouvel album des vétérans mancuniens A Certain Ratio : magnifiée par les chœurs de Denise Johnson, leur fidèle complice depuis trois décennies tragiquement disparue en juillet dernier, cette perle pop atypique en regard de leur répertoire habituel, régulièrement tourné vers un funk martial et entêtant, s’avère être aussi mélancolique que solaire.

Si le son post-punk du Manchester des années 80 est une influence majeure assumée par les petits malins de Working Men’s Club, il faut reconnaître que ce quartet originaire de la ville voisine de Sheffield a également parfaitement digéré l’héritage techno laissé par les décennies suivantes. Leur vigoureux album homonyme paru la semaine dernière s’ouvre sur un Valleys qui ne laisse aucune place au doute : entre basses saillantes et rythmique pilonnée, il faudra compter avec ces jeunes pousses pour danser jusqu’au bout de toutes les nuits à venir, où ce sera possible.

Après lui avoir consacré un article entier fin août dernier, j’en remets encore une couche au sujet du rageur Electric Music du combo britannique The Wolfhounds, en vous proposant son extrait le plus hypnotique, sur lequel les sonorités orientales le disputent à une pulsation rock distillant une transe implacable. On se remettra brièvement d’une telle charge avec la chaleur communicative dégagée par le chanteur-guitariste malien Afel Bocoum, dont le dernier opus Lindé bénéficie d’une production subtile et aérée signée Nick Gold et Damon Albarn, avant que les séquences tourbillonnantes ourdies par Ammar 808 ne nous replongent dans une cavalcade effrénée : sur un deuxième album inspiré et sauvage, le producteur tunisien associe les vibrations caractéristiques des musiques du Sud de l’Inde à la rigueur débridée des machines, pour un résultat stupéfiant et addictif.

Côté français, le multi-instrumentiste Laurent Bardainne, pilier du groupe culte Poni Hoax et de la formation cinématique Limousine, a enfin publié un premier album mettant à l’honneur son véritable patronyme. Pétri dans les griffes d’un Tigre D’Eau Douce chimérique, son jazz habité, gorgé de soul et de groove, nous aura convaincus des bénéfices de son mantra karmique : Love Is Everywhere, puisqu’on vous le dit.

Alors que nombre de leurs homologues masculins semblent encore bien occupés à rivaliser sur des détails anatomiques ou conceptuels aussi vains que lassants, les rappeuses françaises Pumpkin et Casey sont bel et bien, chacune à leur manière, prêtes à en découdre avec l’adversité contemporaine : verbe souple et aiguisé pour la première au sein de son duo ludique et engagé avec le beatmaker Vin’s da Cuero, attaque tranchante et ulcérée pour la seconde dans le cadre de sa brûlante formation rock Ausgang. Deux approches diamétralement opposées, mais bel et bien complémentaires et tout aussi essentielles l’une que l’autre.

Au rayon musiques instrumentales, on redécouvre avec joie le trio NLF3, donc le nouvel album aux airs de retrouvailles épistolaires dégage une humeur à la fois méditative et nerveuse, à l’image du conclusif Hi! qui nimbe d’une lueur bienvenue son groove minimal et insistant, tout comme le trop rare Arman Méliès, qui poursuit sa trilogie américaine avec un deuxième volet encore plus intense que le premier, entre post-rock granuleux et envolées bouleversantes.

On remuera les hanches et le reste sur la charge véloce et entraînante de Please Please Please, tiré du dernier EP en date de l’électrisant David Shaw And The Beat, avant de serrer les dents sur les confessions tendues et menaçantes délivrées par After L’Amour sur un Fiasco Hôtel au beat sec comme un coup de trique : sur ce single roboratif paru en 2019, le verbe de Jezekaël, entre morgue implacable et poésie incendiaire, zèbre d’éclairs noirs la pâleur livide de nos déceptions existentielles.

Dernière ligne droite avec l’emblématique Papillon Noir, salve aussi efficace que mordante extraite de l’inusable Grand Prix de l’incontournable Benjamin Biolay, avant que la voix bouleversante de la chanteuse américaine Sarah Rebecca ne nous transperce de part en part sur une Song Of Devotion irradiante de grâce déchirante.

En guise de bouquet final, je vous propose une collaboration inédite doublée d’un inespéré retour au premier plan. Dans la foulée d’une réédition de son premier disque pour le label FCom, publié à l’origine en 1997, le producteur électronique français Laurent Collat signe, derrière son alias Elegia, un remix d’une beauté à la fois poignante et irréelle pour le compte de La Féline : sous ses manipulations aussi délicates que radicales, le déjà troublant Effet De Nuit se voit étiré sur huit minutes haletantes, entre extase suspendue et langueur insistante.

Une manière aussi subtile que convaincante de nous rappeler que la musique reste, envers et contre tout, la meilleure alliée pour nous faire encore ressentir la force de cette affirmation qui, en dépit d’une actualité toujours plus mortifère, devrait restée gravée au plus profond de nos êtres, transcendant jusqu’à l’âge de nos artères :

NOUS SOMMES JEUNES. NOUS SOMMES FIERS.

Tracklisting :

1. PrinceSign O’ The Times
2. Marie Davidson & L’Œil NuRenegade Breakdown
3. Yuksek featuring Queen RoseG.F.Y.
4. Róisín MurphyNarcissus
5. The WeekndIn Your Eyes
6. A Certain Ratio – Always In Love
7. Working Men’s ClubValleys
8. The WolfhoundsSong Of The Afghan Shopkeeper (After Ben Judah)
9. Afel BocoumDakamana
10. Ammar 808 featuring SushaMarivere Gati
11. Laurent Bardainne & Tigre D’Eau DouceFélin Méchant
12. Pumpkin & Vin’S Da CueroBanana Bread
13. AusgangÉlite
14. NLF3Hi!
15. Arman MélièsRiding With Death
16. David Shaw And The Beat Please Please Please
17. After L’AmourFiasco Hôtel
18. Benjamin BiolayPapillon Noir
19. Sarah RebeccaSong Of Devotion
20. La Féline – Effet De Nuit (Elegia Remix)

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Image à la une : Christian Salas / Unsplash.

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